Le raffinement pictural

  Il faut obligatoirement que le raffinement  visuel soit la clef de l’art pictural — en précisant que la mièvrerie n’est pas le raffinement mais la forme faible de la vulgarité — pour que Cézanne ait renoncé délibérément à ce qui plaisait : le fini blaireauté. Degas disait de Cézanne : « Quand il met un ton à côté d’un autre, c’est toujours très bien ». C’est toute la peinture. Le fini blaireauté est un trompe-l’œil qui plait mais qui ne contient pas toujours le raffinement qui fait un tableau dans l’avenir, pas plus qu’un film en « couleurs naturelles » ne contient la vérité visuelle. Ce n’est pas le trompe-l’œil qui est mauvais mais qu’il soit le but de l’art. Le mot de Cézanne à ce sujet remet les choses en place : « Un peu de trompe-l’œil ne nuit pas si l’art y est ». L’incompréhension de ce qui est raffiné en peinture explique parfaitement l’injustice commise envers les Impressionnistes : la prétendue élite ne voyait pas le raffinement des tableaux de Manet et le public, qui n’était pas la véritable élite du public, ne le voyait pas non plus.

  Tous les grands peintres sont suprêmement raffinés : sans son raffinement extraordinaire, Manet ne serait pas passé à la postérité, et Dieu sait qu’elle l’a accueilli !