Artistes précurseurs


  Il n’y a jamais eu de précurseurs en art, mais seulement des imitateurs, ce qui est loin d’être la même chose.
 

  C’est le tragique malentendu de notre époque de croire que l’œuvre de l’artiste suit les mêmes lois que celles du savant.

  Le rôle de l’homme de science génial consiste essentiellement à faire une découverte que ses successeurs amèneront à un certain point de perfectionnement. L’œuvre de l’artiste, par contre, est essentiellement individuelle : il la conçoit et la réalise sans que personne ne puisse la continuer ou la perfectionner. Les imitateurs des grands artistes, qui ont toujours été nombreux, ont fait des œuvres plus ou moins brillantes selon leur capacité personnelle mais qui restèrent des reflets affaiblis de l’original et non des perfectionnements de celui-ci.
 

  A l’occasion d’une exposition de tableaux peints par un prince de la science se distrayant à faire de la peinture, on lisait sur le catalogue les mots suivants : « Denis Papin et Corot sont de la même race. Ce sont des voyants. » Tout le malentendu est là. Denis Papin a découvert la vapeur, et Dieu sait qu’après lui cette découverte en a entraîné d’autres et des événements qui ont pratiquement bouleversé le monde à un point qu’il vaut mieux ne pas tenir Denis Papin pour un voyant si l’on veut lui garder quelque sympathie. Quant à Corot, sa qualité de voyant est encore plus contestable. Corot n’avait rien découvert, et il peignait comme tout le monde, mais mieux que tout le monde, comme Léonard de Vinci, comme Dürer, comme Titien, comme David, comme Ingres, comme bien d’autres, qui n’en étaient pas moins des hommes de génie dans la transmission de leurs observations.
 

  Les grands peintres ne sont nullement des « voyants » dans le sens d’une nouvelle voie ouverte : ils sont essentiellement réalisateurs, donc des hommes de présent et non des hommes de futur. S’ils jugent parfois qu’ils ne réalisent pas suffisamment ce qu’ils conçoivent, c’est qu’ils sont difficiles pour eux-mêmes comme tous les gens capables.

  Bref, en art, contrairement à la science où l’exploration des possibilités est importante, il n’y a rien à découvrir, tous les moyens de s’exprimer sont connus, il n’y a qu’un certain point de perfection à atteindre dans la réalisation, lequel ne peut être atteint que par un très petit nombre d’individus.
 

  Ainsi, l’œuvre de l’homme de science, impersonnelle par définition, est à l’opposé de celle de l’artiste : l’homme de science peut avoir une idée nouvelle, laquelle est réalisée par d’autres.
 

  Au reste, il y a une grande incohérence chez certains à exiger théoriquement du jamais vu alors qu’en pratique ils n’admettent que du déjà vu, à condition qu’il soit à la mode.

Erreur de Pascal

  "Quelle vanité que la peinture qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n’admire pas les originaux". Cette réflexion de Pascal est fausse en tous points. Si l'on peint une femme, un arbre, un cheval, un vase, c'est parce qu'on admire ces objets, soit en eux-mêmes, soit pour la façon dont ils se présentent à nos yeux, et ainsi de toute chose qu'on peint. la réponse à Pascal se trouve du reste dans la très belle et dernière note du "Journal" de Delacroix : "Tous les yeux ne sont pas propres à goûter la peinture. Beaucoup ont l'œil faux ou inerte ; ils voient bien les objets littéralement, mais l'exquis, non".

La bonne peinture

  Le raffinement de l'œil est la bonne peinture jusqu'à preuve du contraire puisque l'original reste supérieur à la reproduction, laquelle n'est jamais qu'un à-peu-près. Mais où est l’extraordinaire ? Qui le jugera ? Faut-il prouver la preuve ? A vrai dire, on complique la question à plaisir comme on embrouille délibérément les choses quand on veut masquer la vérité. Peut-être suffit-il d’y regarder à deux fois. Qui a le vrai raffinement a toujours le reste. Il y a des artistes qui n’ont que le reste : Manet avait le raffinement et Meissonier ne l’avait pas. L’exact dans la charpente et dans le détail et l’à-peu-près dans l’harmonie n’est plus du grand art dans la peinture. On a confondu l’habileté relative du rendu et la bonne peinture. Y regarder à deux fois avec un œil normal devrait suffire. Et sus aux systèmes, bien entendu.

Victor Hugo et les non-figuratifs

  Victor Hugo, qui n'a pas connu les non-figuratifs, condamne pour ainsi dire à l'avance leur babilisme et fait pressentir le caractère fatal de leur échec. Il écrit; "Tu ne peux, homme, rien faire naître, rien construire en dehors des bornes que tu vois" ; et plus loin : "Combien est infécond Rembrandt, et dans quels langes sont Phidias, Rubens et Michel-Ange." c'est bien cela : faire naître en soi est seulement donné à Dieu ; les hommes, même les plus grands, ne le peuvent. Selon le mauvais conseil d'Apollinaire, les non-figuratifs ont voulu être plus grands que des hommes et créer des formes. L'homme peut être grand lorsqu'il reste homme. Il devient ridicule s'il veut être plus. 

La louange

  C'est une chose rare que de savoir nuancer la louange, de la donner à la fois avec agrément et justice. Le misanthrope ne sait pas louer : son jugement est altéré par son humeur. L'adulateur, en louant trop et à côté, finit par se discréditer en laissant voir que ses louanges sont aveugles, systématiques et intéressées. Le glorieux ne donne de louanges que pour en recevoir et non pour rendre justice au mérite. Les petits esprits ne connaissent pas la valeur des choses : ils ne mettent à leur place ni l'estime ni le mépris, et un rien les fait changer du tout au tout. L'envieux ne loue personne parcequ'il a peur de favoriser quelqu'un. Un honnête homme loue à propos : il a un réel plaisir à rendre justice.

Le dessin dans l'art

  Un professeur de l'école des Beaux-Arts critiquait le dessin d'un élève, disait à celui-ci : "Vous lui faites des doigts alors qu'il ne tient pas debout." Cette critique serait pertinente du point de vue de l'art si le summum de l'art était l'équilibre d'un personnage. Il n'en est rien : un grand nombre sont capables de dessiner un personnage qui tient debout mais peu sont capables de faire une œuvre d'art. De plus, ces qualités extraordinaires de sensibilité qui font un chef-d’œuvre n'impliquent pas qu'il n’y ait aucune erreur dans l'œuvre. Certains magnifiques portraits de Van Eyck ou Memling ont des mains trop petites par rapport au corps : tout est pourtant merveilleux dans ces tableaux mais ils ne sont pas sans défaut visible. Ce professeur en question disait aussi : "Il ne faut pas faire de sensibilité". En quoi il se trompait du tout au tout car le dessin dans l'art c'est précisément la sensibilité et, ensuite, la question de vouloir ou de ne pas vouloir être sensible ne se pose pas : on est sensible ou on ne l'est pas, et, parfois, lutter contre la sensibilité, c'est lutter contre l'art lui-même. Le sophisme moderne a conclu que puisque les chefs-d’œuvre ont des défauts, les défauts indiquent des chefs-d’œuvre. C'est une autre histoire.

L'art

 En art, le créateur est celui qui fait de belles oeuvres picturales, sculpturales, architecturales, littéraires, musicales avec une autorité propre, sans adopter la manière d'un autre, sans s'incorporer à un mouvement.

  les créateur sont rares. Un artiste peut atteindre une certaine grandeur sans être un créateur si le modèle qu'il prend est grand, s'il s'en rapproche suffisamment et enfin, si sa propre personnalité offre assez d'envergure pour que son oeuvre ne soit pas un sous-produit, une "singerie".

 La difficulté propre de l'art moderne, c'est-à-dire de l'art vivant sous le règne démocratique, est de vivre sous une loi qui n'admet pas le principe de l'aristocratie. Or, l'artiste, lorsqu'il est vrai, est par définition un aristocrate, un isolé dont on ne reconnaît la supériorité qu'à contre-coeur et, si la mode n'est jamais de son côté, au bout de très longtemps, lorsque cette supériorité ne peut plus embarrasser ni désobliger personne, lorsque les réputations plus ou moins artificielles qui se sont formées ne risquent plus d'être remises en balance par la comparaison de concurrents sérieux, lorsqu'enfin, ne subsiste plus que le côté bénéfique de l'oeuvre, c'est-à-dire la rentabilité. Exemple : rentabilité sans nuage de Shakespeare, de Molière, de Balzac, de Rodin, de Renoir.

Sous les régimes en principe aristocratiques, l'artiste arrivait plus vite dans un système conçu pour l'aider, plus normalement, bien qu'en fait les difficultés ne lui étaient pas complètement épargnées par des confrères inférieurs mais bien placés et agissants. Néanmoins, les princes, qui d'une part ont intérêt sur tous les plans à soutenir leur gloire par les meilleurs éléments, avaient aussi la crainte qu'un homme de valeur soit protégé par un rival cherchant à opposer son prestige personnel à celui du monarque. En un mot, il est dans l'ordre social que le monarque protège les meilleurs représentants de la vie nationale. C'est pourquoi louis XIV protégeait Molière contre vents et marées, malgré la franchise terrible de celui-ci, et les clameurs qu'il déclenchait parfois dans certains clans puissants. Une oeuvre comme Tartuffe qui avait soulevé dans les milieux dévots une opposition d'une violence inouïe, d'abord interdite, finit par être représentée normalement, résultat dû à la protection du roi et qu'on n'obtiendrait pas aujourd'hui avec une oeuvre équivalente de franchise. L'ostracisme démocratique est beaucoup plus chatouilleux, et l'on ne peut parler de certains vices qu'à condition d'enrober les choses de telle sorte que la trajectoire est à peu près brisée et détruite. Par exemple, des pièces récentes qui dénonçaient certains abus de façon cinglante, auraient été purement et simplement interdites si elles n'avaient eu le soin de brocarder tout le monde pour qu'on ne puisse pas dire qu'elles avaient spécialement visé ceci ou cela et enfin pour calmer la fureur des gens attaqués par le plaisir de voir attaquer les autres.

 Il s'ensuit que la force critique la plus mordante est pratiquement émasculée par ces précautions.

  Peut-être que la grande difficulté d'être franc finira par inspirer quelque jour à un homme de génie une manière astucieuse et extraordinaire de s'exprimer quand même qui déjouera la consigne.

Les nouveaux temps de l'art

  Il n'est pas évident que le vrai nouveau soit nécessairement un pas en avant dans le jamais vu. La banalité du déjà vu exige même une qualité qu'on ne demande pas au jamais vu parce qu'il amuse : amuser trop longtemps sur une erreur est souvent le cas du jamais vu, ce qui n'arrive jamais au toujours vu : il faut que ce dernier soit d'une qualité extraordinaire pour résister et créer du neuf. Des retours en arrière, quand on juge que son époque est sur une mauvaise voie sont des rectifications normales, peut-être décadentes mais moins qu'un style entièrement jamais vu et mauvais et qui se croit dans le vrai parce qu'il ne s'est jamais fait. La superstition du jamais vu est à bannir. Evidemment, la mauvaise imitation du beau traditionnel l'est aussi mais elle est moins funeste. Enfin, le beau n'a pas d'âge : ce qui le caractérise est précisément de n'être ni ancien ni nouveau.

Le détail et l'ensemble

  Dans la peinture, l'idéal absolu serait que la justesse de l'ensemble joignît son charme et son autorité au charme et à l'autorité du détail. En fait, les chefs-d’œuvre de l'art choisissent ou bien le détail, tout en restant dans un ensemble relativement juste, comme les primitifs ou Albert Dürer, ou bien choisissent l'ensemble tout en observant un détail relativement juste ou même en le suggérant par la justesse de l'ensemble, comme chez Vélasquez, Rembrandt (dernière manière) ou Manet. De toute façon, ensemble ou détail, le sommet de la justesse est le sommet de l'art.

La manière en peinture

  En peinture, la manière n'est rien : c'est toujours bien quand le peintre est doué. Le seul malheur est de faire une chose pour laquelle on n'est pas doué, de croire qu'on l'est et de vouloir le faire croire en adoptant une manière : ce n'est qu'une singerie.

Noirceur et crudité

  Les marchands de tableaux savent bien par expérience que malgré certains tableaux à la mode, malgré le snobisme des tableaux sales (que beaucoup confondent avec tableaux anciens) rien n'attriste davantage la clientèle qu'un tableau sombre. Aussi, l'on a cru bien faire de réagir contre la manière "genre musée" et peu à peu, sous prétexte de "joie de la couleur", on est tombé dans la crudité et le bariolage. Faire chanter les couleurs est spécifiquement le don du peintre qu'il y en ait peu ou beaucoup sur le tableau. Mais si un tableau sombre ne chante plus, un tableau bariolé hurle insupportablement. Beaucoup (y compris les peintres) insensibles à la crudité, prennent le bariolage pour l'éclat, et s'imaginent qu'un tableau "tient le mur" lorsque ses couleurs sont plus vives. Il y a là un épouvantable malentendu. Il est certain que quand un tableau vif de couleur reste harmonieux, c'est-à-dire si ses tons sont équilibrés les uns par rapport aux autres, il est supérieur à tout autre tableau dans la mesure où ses couleurs sont plus vives. Mais il est non moins certain que s'il est discordant, il est désagréable à voir dans la mesure où ses couleurs sont plus vives.

La nature "comme elle est"

  Pendant longtemps, on voit la nature non comme elle est mais avec des yeux  de peintres qui se sont signalés à l’attention des siècles. Ainsi, jusqu’aux impressionnistes on a toujours vu les paysages avec les yeux de Ruysdael, les marines avec les yeux de Van de Velde ou de Van Goyen, ou encore de Constable ou Turner. Depuis les impressionnistes, on voit les paysages avec des taches de couleurs, des virgules, des empâtements, etc., La lorgnette des pointillistes apporte le confetti. Mais la nature, elle, n’a pas changé. Et pourtant, certains disent banal de reproduire la nature « comme elle est ». C’est bientôt dit : l’objection, c’est qu’on ne la fait jamais  comme elle est  parce que, avec les moyens limités de la palette, c’est impossible — il faut traduire.

  Quand on considère l’école hollandaise du XVII° siècle, Constable, Turner, l’école de Barbizon, les impressionnistes, on se dit que toutes ces écoles ont imité la nature de façons différentes et par conséquent n’ont pu la faire « telle qu’elle est ».

Le génie de l'art

  Le génie de l'art est le génie des valeurs infinitésimales et pourtant précises.

Déformation expressive

  Exaspérés de s'entendre dire que leurs tons étaient lourds ou criards ou les deux ensemble, leurs valeus fausses, leur dessin mauvais, les artistes médiocres ont inventé la "déformation expressive", et ensuite l'abstrait, pour qu'on ne puisse plus leur reprocher leurs défauts.

Poncifs

  Il est un poncif qui nous aura coûté beaucoup d'ennuis : c'est celui de la bêtise de nos pères en ce qui concerne l'appréciation en peinture. Cette bêtise qui n'est, hélas, que trop réelle, est devenue l'effet principal des conférenciers et conférencières sur l'art. Comme il est difficile de parler peinture à proprement dire, on trouve plus prudent, et d'un effet certain de conter de petites histoires humoristiques. Les boutades des artistes et les bévues de ceux dont le métier est d'être connaisseurs constituent le fond immuable de ces causeries. Pourtant quand on entend rire finement les dames et les messieurs spirituels qui se pressent aux causeries faites sur l'art par des conformistes, on se sent pris d'un malaise : est-ce décent de se gausser ainsi des gens qui vous ont donné le jour, mais parfois aussi la fortune, la situation, la culture ? Et puis est-il certain que les choses soient profondément changées pour ce qui est de la compréhension des œuvres d'art ? Convenez, cependant, dira-t-on, que le chemin parcouru entre Meissonier et Picasso est immense.

Bien sûr que ce chemin est immense mais ne l'est-il pas un peu trop pour être bon ?

  Célimène disait à Alceste : il suffit, pour vous faire changer d'avis d'être de votre avis, tant vous avez l'esprit de contradiction. A quoi Alceste répondait que ce n'était pas l'esprit de contradiction qui lui donnait des opinions semblant parfois contradictoires mais le fait que les hommes, dans un sens ou l'autre, sont rarement dans le vrai.

  Est-ce point de vue qu'il faut considérer pour ce qui est de l'évolution des opinions sur l'art ?

  Faut-il penser qu'une sottise Charybde peut devenir une sottise  Scylla ?

  En somme, depuis la fin du XIX° siècle qu'y a-t-il de modifié dans l'armature de la société ?

  Les critiques d'art ne sont-ils pas toujours les critiques d'art, les fonctionnaires des Beaux-arts ne sont-ils pas toujours les fonctionnaires des Beaux-arts ? La presse n'est-elle pas toujours la presse, la démocratie toujours la démocratie, et les académiciens les académiciens ?

Abolir l'art

  "Dans l'échelle humaine élevée, les hommes admirent ce qui leur paraît être supérieur à eux" (passage de Théophile Gautier, de son Voyage en Espagne où les beautés qu'il voit dans une cathédrale lui paraissent rendre dérisoire tout ce qu'il a fait). Dans la partie basse de l'échelle humaine, on condamne la beauté dont on est incapable. Certains théoriciens préconisent l'abolition de l'art. En réalité, on ne peut décider qu'en paroles que l'art sera ou non aboli. Si l'art doit vivre, il vivra; s'il doit mourir, il mourra et ce que décident les hommes n'y changera rien. Que ceux qui veulent abolir l'art montrent qu'ils sont capables de faire un portrait comme Botticelli, Titien, Vélasquez, Rembrandt, ou David et alors, on les écoutera car ils ne prêcheront pas pour leur clocher.

La fausse folie et l'art

  Théophile Gautier visitant le musée du Prado à Madrid fait des réflexions sur le Greco. Selon lui, Greco est un peintre prodigieux hanté par la crainte d'imiter Titien, son maître qu'il admirait profondément. Cette hantise qui était déjà morbide et intéresserait les aliénistes finit par le faire sombrer tout à fait dans la folie qui lui inspirait des déformations, des allongements extrêmes dans lesquels il conservait ses dons extraordinaires. Théophile Gautier le définit comme le génie fou. Est-ce le Greco qui a inspiré Balzac dans son Frenhofer du Chef-d’œuvre inconnu ? Il y eut de grands artistes comme Schumann et Schubert qui devinrent fous, de grands esprits comme Nietzsche, de grands peintres comme Van Gogh et Jongkind. La littérature s'est finalement intéressée  à la folie au point de prétendre que génie et folie s'apparentaient souvent, ce qui paraît absurde et qui ferait soupçonner les grands artistes qui n'étaient pas fous, et qui sont la grande majorité, de n'avoir pas de génie. Enfin (le commerce y a trouvé son compte), on a fabriqué de faux aliénés et de faux simples d'esprit qu'on a baptisés génies.

Raffinement visuel

  En peinture, quand le raffinement n'est pas du premier rang, il tombe facilement dans le fade ou le cru.

Essai de définition de la mode

  La mode est la formule contraire de ce dont on est lassé. Le dégoût de certaines erreurs précipite parfois dans les erreurs opposées.

Naïvisme en peinture

Il y a une différence qui est un abîme entre la naïveté du maladroit qui se croit capable, obtient par impuissance des effets ridicules, cacasses, touchants si l'on veut, et la naïveté du maître dont la technique est proprement extraordinaire mais qui laisse voir des défaillances avec la franchise de celui qui sait avoir beaucoup de qualités. A toutes les époques, il y eut des mal-doués. Ils ne pratiquaient pas la peinture naïve comme un art supérieur, mais étaient utilisés à l'occasion faute de grands peintres. C'étaient des médiocres qui gardaient leur rang de médiocess : celui de gens qui ne pouvaient pas mieux faire, ne jouaient pas la comédie du génie et n'étaient pas dans les grandes collections. Quand on parle des oeuvres du passé, pour éviter de dire qu'une oeuvre est grossière, ordinaire, on dit poliment qu'elle est naïve. Les modernes ont tourné la politesse en prétention, et les peintres naïfs sont devenus l'objet d'une spéculation spéciale lancée par des littérateurs assoiffés d'inédit.