La Poésie

Le Pin bleu (huile sur carton, 46 X 38 cm, l'Isle-Adam, 1966)

  "C’est sans doute à une certaine poésie qui n’imite rien, ne suit aucune mode qu’on pourrait reconnaître un bon tableau quand on a un œil moins sensible à la musique des tons, des valeurs, des couleurs qu’à la musique des choses. Si cette poésie n’est pas une poésie à la mode, une simulation de poésie, une vaine contorsion, auquel cas elle est superficielle et passagère, le tableau a de grandes chances d’être bon. Il y a de la poésie dans les tableaux de Corot ou de Delacroix, bien que les qualités uniquement picturales n’y paraissent pas évidentes à un œil moins sensible à la peinture qu’il ne faudrait pour déceler à coup sûr un bon tableau. Chez Renoir, le lyrisme de la chair veloutée et de l’éclat se superpose aux raffinements de la peinture. Il y a toujours chez un véritable artiste une espèce de rêve éveillé, de nostalgie du moment qui passe, de la beauté triomphante et fugitive. A bien y regarder, tout n’est que poésie dans les œuvres d’art : antique, romantique, tragique, naturaliste, incisive, expressive. Dans toutes ces poésies, il s’agit de dégager le spontané de la mode, de distinguer la vraie substance du faux-semblant, du système, de la grimace, de la carcasse vide.

Retrouver, enfin, le permanent et se détacher du démodé. " (Léon Gard)

(Les perce-neige, huile sur carton, 41 X 33 cm, l'Isle-Adam, 1967)

  Certains confrères malintentionnés ont prétendu que Léon Gard était un sous-produit des Impressionnistes. Mais s’il les admirait parce qu’ils sont admirables, il n’était pas dans leur sillage : un coup d’œil d’ensemble sur son œuvre qui peut évoquer à la fois Holbein et Cézanne suffit pour s’en rendre compte. De plus, la poésie exquise des Impressionnistes est bien terrestre, celle de Léon Gard qui n’est pas moins exquise évoque parfois un autre monde. Ses paysages, qui ne contiennent quasiment jamais de personnages, donnent parfois l’impression troublante qu’on est sur une autre planète. Mais quand on demandait à Léon Gard s’il recherchait cet effet, il répondait en riant qu’on avait « la berlue » et qu’il ne cherchait à traduire que ce qu’il voyait. Pourtant, le résultat est là. Ses confrères abstraits  étaient irrités par sa peinture parce qu’ils voyaient bien que tout en étant figurative elle était plus étrange que la leur qui à côté avait l’air démodée.

Le vrai nouveau

L'arbre bleu (huile sur carton, 41 X 33 cm, l'Isle-Adam 1967)

 "Les maîtres sont ceux qui regardent avec leurs propres yeux ce que tout le monde a vu et qui savent apercevoir la beauté de ce qui est trop habituel pour les autres esprits." (Auguste Rodin)

 "Il n’est pas évident, disait Léon Gard, que le vrai nouveau soit nécessairement un pas en avant dans le « jamais vu ». La banalité du « déjà vu » exige même une qualité qu’on ne demande pas au « jamais vu » parce qu’il amuse : amuser trop longtemps sur une erreur est souvent le cas du « jamais vu », ce qui n’arrive jamais au « toujours vu » : il faut que ce dernier soit d’une qualité extraordinaire pour résister et créer du neuf. Des retours en arrière, quand on juge que son époque est sur une mauvaise voie sont des rectifications normales, peut-être décadentes mais moins qu’un style entièrement  « jamais vu » et mauvais et qui se croit dans le vrai parce qu’il ne s’est jamais fait. La superstition du « jamais vu » est à bannir. Evidemment, la mauvaise imitation du beau traditionnel  l’est aussi mais elle est moins funeste. Enfin, le beau n’a pas d’âge : ce qui le caractérise est précisément de n’être ni ancien ni nouveau."


 

Arbre à contre-soleil (huile sur carton, 46 X 38 cm, L'Isle-Adam)

  "Tout ce qui est inésthétique désagrège le bonheur humain, et la nature n'étant jamais inharmonieuse, l'imiter le mieux possible est le comble de l'art (entendons l'imiter avec sa poésie mystérieuse, détail ou pas détail, Albert Dürer ou Velasquez) et il y aura toujours davantage de façons de l'imiter que d'artistes."  (L.G.)

Le Hêtre rouge (huile sur carton, 41 X 33 cm, l'Isle-Adam, 1968)

"Les artistes, craignant d'être imitateurs cherchent des routes écartées; ils s'éloignent de la belle nature. Le public, amoureux des nouveautés, court après eux. Il s'en dégoûte et il en paraît d'autres pour lui plaire ; il s'éloigne de la nature encore plus que les premiers... Le public ne sait plus où il en est, et regrette en vain le siècle du bon goût qui ne peut plus revenir." (Voltaire)

La "manière"

Sous-bois d'automne (huile sur carton, 46 X 38 cm, 1968)

La manière dont un tableau est peint se justifie relativement au résultat obtenu, résultat qu’on n’aurait pas obtenu autrement. Ainsi, Van Gogh, s’il avait peint dans une manière lisse n’aurait jamais obtenu la vibration et l’intensité dans le raffinement qui caractérisent ses tableaux. De même, si Renoir n’avait parfois estompé comme avec une plume ou une ouate, il n’aurait pas le moelleux de certains morceaux.

Mais telle manière plutôt que telle autre, sans raison, sinon qu’il est de mode d’avoir une manière bizarre, telle manière qui ne contribue pas a augmenter la sensation naturelle de l’artiste et lui donne seulement une apparence singulière pour qu’on dise sans hésiter : « c’est d’un tel », cette manière-là est du faux art. (Léon Gard)

Muret de pierre et château au loin (huile sur carton, 41 X 33 cm, 1968)

"Il ne faut avoir qu'un maître, la nature : c'est elle qu'on doit toujours consulter " (Pissarro)

 

Vouloir faire mieux que les chefs -d’œuvre en exagérant leur manière, c’est montrer qu’on ne les comprend pas et c’est dépasser le but sans l’atteindre. Ainsi ont fait les « Fauves » avec leur couleur pure et certains peintres ayant adopté la manière impressionniste en bariolant leurs tableaux à outrance. Chez les maîtres, les couleurs les plus vives contribuent à une harmonie et ne sont jamais des couleurs isolées : une couleur s’appuie toujours sur une autre couleur qui la fait chanter et ne crie jamais. (L.G.)

 

 "Il faut une sacré dose de vanité pour croire que ce qui sort de notre cerveau vaut mieux que ce que nous voyons autour de nous. Avec l'imagination on ne va pas loin tandis que lemonde est si vaste. On peut marcher toute une vie et on n'en voit pas la fin" (Renoir)

Nature et système en art

L'été dans le parc (huile sur carton, 41 X 33 cm, 1969)

  La plupart confond l’originalité innée et les moyens inventés par cette originalité pour s’exprimer : ainsi  beaucoup de peintres examinant comment un Renoir est fait, s’imaginent faire des Renoir dans la mesure où ils parviennent à connaître et employer les mêmes procédés apparents. Ils oublient que c’est l’originalité qui crée ses moyens propres et non les moyens qui créent l’originalité. Ils font ainsi des tableaux comme Renoir les faisait mais qui n’en ont pas la qualité. Beaucoup ignorent le problème de la qualité, c’est pourquoi il y a tant de mauvais peintres habiles. (L.G.)

 

  "L'artiste qui usera le moins de ce que l'on nomme l'imagination sera le plus grand." (Renoir)

 

Critérium

La mare sombre (huile sur carton, 41 X 33 cm, 1969)

  Quelle que soit l’idée qu’un peintre veut exprimer dans son tableau, quelle que soit l’histoire qu’il raconte, on discerne le maître à sa puissance d’imitation de choses vues dans la nature. On ne connaît pas d’autre critérium, car les partisans de « l’avant-garde » n’en ont jamais donné, et ce serait la question à leur poser : quel est votre critérium.

 

  Tous les grands peintres du passé sont soumis à ce critérium : De Vinci, Van Eick, Holbein, Rubens, Velasquez, Chardin, David, Ingres, Manet et les Impressionnistes, y compris Cézanne qui disait : « Un peu de trompe-l’œil ne nuit pas si l’art y est ». (L.G.)

 

Chemin rose dans le parc (huile sur carton, 46 X 33 cm, parc des Bonshommes)

 "Pour être un artiste il faut apprendre à connaître le lois de la nature" (Renoir)

L'étang à l'automne (huile sur carton, 41 X 33 cm, parc des Bonshommes)

"Un artiste, sous peine de néant, doit avoir confiance en lui-même et n'écouter que son vrais maître, la nature." (Renoir)

Étang et arbres à contre-jour (huile sur carton, 46 X 38 cm, parc des Bonshommes)

"L'magination seule n'a jamais produit et ne peut jamais produire des oeuvres qui puissent soutenir la comparaison avec la réalité." (John Constable)

L’étang (huile sur carton, 41 X 33 cm, parc des Bonshommes)

Celui qui, exprimant par le moyen des Beaux-Arts des choses qu'il voit, n'a pas pour ambition passionnée d'imiter ce qu'il voit avec le maximum d'exactitude possible, est un serviteur dont l'art n'a que faire. (L.G.)

Dans le parc au printemps (huile sur carton, 46 X 38 cm)

"Observe que ton meilleur directeur, ton guide parfait est la nature.Copies d'apres elle. C'est dans ses chemins qu'est ton arc de triomphe." (John Constable)