On ne le dira jamais trop

Roses rouge et jaune et carafe (huile sur carton, 46 X 38 cm, vers 1965)

 Léon Gard n'aimait guère les reproductions photographiques (surtout en couleurs ) dont il ne manquait pas de souligner la vulgarité et la trahison à l'égard des peintures originales :

   Les reproductions d'œuvre d'art en couleurs ne sont ni exactes envers l'original ni exactes entre elles : plus jaunes, plus bleues, plus mauves, plus grises, etc.

  Ces nuances qui peuvent paraître négligeables à beaucoup de gens sont pourtant essentielles, car le chef-d’œuvre tient souvent à peu de chose, et Léon Gard a raison de dire :

  Il ne faut pas mépriser le "rien" ou ce qui apparaît tel, car le rien est tout. En médecine, le rien est la dose qui fait le poison ou le remède, la vie ou la mort. En art, le rien fait les chefs-d’œuvre. Si le blanc de la pivoine de Manet était moins rosé ou plus rosé ce ne serait plus un Manet.

Le coup de point en art

Roses roses, jaunes et rouges (huile sur carton, 41 X 33 cm, vers 1968)

 

La fameuse définition du tableau par Maurice Denis : " Avant d’être une femme nue ou un cheval de bataille, un tableau est composé de lignes et de couleurs d’une certaine façon assemblées", a donné matière à beaucoup de malentendus. Cette définition est sommaire, ambiguë et pousse à l’abstraction ennemie de l’art en supprimant l’humain.

Disons d’abord qu’un chef-d’œuvre de l’art ne donne jamais un coup de poing au spectateur, bien qu’on ait fait, à tort, de l’étonnement un élément déterminant. Un chef-d’œuvre produit au contraire une espèce de délectation supérieure faite d’harmonie et d’équilibre dans la délicatesse et la fermeté réunies. Le grand peintre ne voit dans le sujet qu’un mouvement humain, mais il faut que le mouvement soit humain. Ce n’est pas un beau tableau s’il n’a pas une signification humaine. 

Pois de senteur dans un verre (huile sur carton, 41 X 33 cm, 1966)

Les peintres proprement dits sont ceux qui procurent par leurs tableaux de la joie visuelle, comme le font la fleur, le papillon. Le plus grand peintre est à l'art ce qu'est à la nature la plus belle fleur, le plus beau papillon. 

Malentendus volontaires

Polyanthas dans un vase (huile sur carton, 41 X 33 cm, 1967)

  Quand les choses s'avèrent fausses mais que, néanmoins, on ne veut pas les changer pour diverses raisons dont la principale est que les médiocres ont fait triompher la médiocrité, on change délibérément le sens des mots en maintenant les choses. C'est ainsi qu'une exposition de tableaux abstraits s'intitule "Réalités nouvelles". Ce titre adapte le mot "réalité" à autre chose et l'accapare. Il faudrait se rappeler que les mots ont été faits pour désigner les choses et non pour régler un jeu permettant de leur faire dire ceci ou cela, embarrasser les gens pour ce qu'ils veulent dire.

  En peinture, les réalités ne sont pas les tableaux eux-mêmes mais le sujet qui les motive. Hors de ce point de vue, qui est le seul possible, il n'y a aucune réalité dans le sujet des tableaux de cette exposition et le mot "réalités" est ici un malentendu volontaire.

De plus en plus fort

Branche de lilas dans un verre (huile sur carton, 41 X 33 cm, Paris 1968)

  Vouloir faire mieux que les chefs-d'oeuvre en exagérant leur manière, c'est montrer qu'on ne les comprend pas et c'est dépasser le but sans l'atteindre. Ainsi ont fait les "Fauves" avec leur couleur pure et certains peintres ayant adopter la manière impressionniste en bariolant leurs tableaux à outrance. Chez les maîtres, les couleurs les plus vives contribuent à une harmonie et ne sont jamais des couleurs isolées : une couleur s'appuie toujours sur une autre couleur qui la fait chanter et ne crie jamais.

Anémones dans un verre (huile sur carton, 41 X 33 cm, 1969)

Le géranium rouge (huile sur carton, 41 X 33 cm, Paris 1979)

 

 

 

Dernier tableau peint par Léon Gard, trois mois avant sa mort.

 

 

 

 

 

 

 

Nota :Tous les textes en italiques et couleur sanguine de cette page sont de Léon Gard.