Léon Gard n'aimait guère les reproductions photographiques (surtout en couleurs ) dont il ne manquait pas de souligner la vulgarité et la trahison à l'égard des peintures originales :

   Les reproductions d'œuvre d'art en couleurs ne sont ni exactes envers l'original ni exactes entre elles : plus jaunes, plus bleues, plus mauves, plus grises, etc.

  Ces nuances qui peuvent paraître négligeables à beaucoup de gens sont pourtant essentielles, car le chef-d’œuvre tient souvent à peu de chose, et Léon Gard a raison de dire :

  Il ne faut pas mépriser le "rien" ou ce qui apparaît tel, car le rien est tout. En médecine, le rien est la dose qui fait le poison ou le remède, la vie ou la mort. En art, le rien fait les chefs-d’œuvre. Si le blanc de la pivoine de Manet était moins rosé ou plus rosé ce ne serait plus un Manet.

"Un peu de trompe-l'oeil ne nuit pas si l'art y est" (Cézanne)

Nature morte à l'Orangeade et à la théière bleue (huile sur toile, 65 X 54 cm, Paris vers 1950)

Nature morte aux oranges, pichets de cuivre et d'étain (huile sur toile, 65 X 54 cm, 1950)

Léon Gard disait : « Je ne conçois le problème de la peinture que comme au temps de Van Eyck, de Rubens ou de Titien, je veux dire comme une chose savante, certes, mais claire, et que, par conséquent, on n’a pas peur d’expliquer.

  « La nature, en dehors de laquelle selon l’esprit et les sens, il n’y a rien picturalement d’évident, se présente sous une infinité d’aspects. L’on peut donc comprendre que l’artiste soit, par elle, diversement sollicité. Néanmoins, les penchants dominants chez un être se retrouvent toujours et tendent dans leur complexité même à se réunir

Nature morte au gâteau de Savoie (huile sur toile, 73 X 60 cm, Paris 1950)

 « En ce qui me concerne, j’ai deux penchants qui, techniquement, sont difficilement conciliables : l’amour du contour précis, du poids des choses, du détail, et l’amour de l’atmosphère, des vibrations colorées.

  « Pendant une période de ma vie, j’ai incliné tantôt vers l’un, tantôt vers l’autre, en des tableaux différents et où, parfois, les deux tendances luttaient, l’une cédant à l’autre à tour de rôle.

  « Aujourd’hui (en 1949), après une assez longue expérience, j’essaie de poser un des plus grands problème, peut-être, de la peinture : fondre les deux problèmes en un seul dans une même œuvre. » 

Nature morte au homard (huile sur toile, 73 X 60 cm, Paris 1950)

  On peut voir dans cette page, comme d'en dautres pages de la galerie, différentes œuvres de Léon Gard qui montrent nettement  les unes la tendance à la précision, au détail, les autres la tendance à l’atmosphère, aux vibrations colorées, et, enfin, d’autres la tentative de réunir ces deux tendances.

L'assiette de cerises, pêches et verre de vin (huile sur toile, 41 X 33 cm, vers 1950)

"Quelques pêches de Chardin ont plus d'importance picturale que toutes les batailles d'Horace Vernet réunies." (L.G.)

IMITATION ET TROMPE L’ŒIL

"Certains se plaisent à confondre imitation et trompe l’œil en donnant un sens péjoratif à ce dernier, sens péjoratif tout arbitraire car la science du trompe l’œil est parfois admirable, péjoratisme, d’ailleurs, qui ne comprend assurément pas que l’imitation et le trompe l’œil offrent une différence. L’imitation consiste à imiter du mieux qu’on peut sans chercher à dissimuler le moyen employé (Velasquez, Franz Hals, Van Gogh, Cézanne imitaient), tandis que le trompe l’œil consiste à ajouter à l’imitation la dissimulation du moyen employé (exemple : Van Eyck, Holbein, Léonard de Vinci, Vermeer de Delft faisaient du trompe l’œil)."   (Léon Gard)

Nature morte à l'aiguière de cristal et à la coupe de fleurs (huile sur toile, 92 X 73 cm, Paris 1957 )

  "La  nature morte offre à l’artiste un remarquable exercice de composition, disait Léon Gard. Un portrait n’étant qu’un même objet, demande surtout à être tourné et éclairé d’une certaine façon. D’un paysage, s’il ne contient aucune construction humaine, auquel cas il faut parfois supprimer ou modifier, on fait un chef d’œuvre en copiant littéralement. Mais il est rare que les éléments d’une nature morte se présentent tout composés : il faut les grouper."  Cette belle nature morte illustre à merveille le propos du peintre.

Broc de Gien et salière argentée (huile sur toile, 65 X 54 cm, L'Isle-Adam, 1962)

LE DETAIL ET L’ENSEMBLE

"Dans la peinture, l’idéal absolu serait que la justesse de l’ensemble joignît son charme et son autorité au charme et  à l’autorité du détail. En fait, les chefs-d’œuvre de l’art choisissent ou bien le détail, tout en restant dans un ensemble relativement juste, comme les primitifs ou Albert Dürer, ou bien choisissent l’ensemble tout en observant un détail relativement juste ou même en le suggérant  par la justesse de l’ensemble, comme chez Vélasquez, Rembrandt (dernière manière ) ou Manet. De toute façon, ensemble ou détail , le sommet de la justesse est le sommet de l’art." (Léon Gard)

Verre et carafe (huile sur carton, 41 X 33 cm, 1965)

Oranges dans un compotier de verre (huile sur carton, 41 X 33 cm, vers 1965)

  "Au lieu de faire comme Claude Monet, Van Gogh, Cézanne ou Renoir, qui sont de la grande école, en cherchant la beauté vibrante du ton vrai (car la photographie n'est pas vraie et l'oeil humain lui est de beaucoup supérieur) par une touche un peu mosaïste, un peu appuyée, rude, un dessin désinvolte en apparence mais tres fort en réalité, les peintres modernes n'ont fait que des imitations de la manière ou des aspects très superficiels des oeuvres de ces peintres sans aucun souci de la raison pour laquelle ils employaient telle manière plutôt qu'une autre. Ah! ces compotiers, ces cafetières, ces assiettes, ces verres de travers époque prétendue cézanienne, qu'on les aura vu souvent dans les tableaux ! Un peintre cherche, par une technique qui lui semble appropriée, a exprimer tel effet. Emporté par cette technique, il est poussé à négliger certaines régularités qui lui paraissent alors secondaires à côté du but qu'il vise. Les imitateurs, chez qui la cause n'existe pas, ne verront que les irrégularités, les imiteront et n'imiteront que cela.

  Ne pouvoir être soi-même n'indique-til pas une grande pauvreté de dons personnels ?

  Une vraie oeuvre de peinture n'est pas une simagrée mais un poème dans une langue picturale."    (Léon Gard)

Verre irisé et fleurs fanées dans un verre (huile sur toile, 35 X 27 cm, Paris 1970)

Buste en plâtre, verre irisé et coquillage (huile sur toile, 46 X 54 cm, Paris 1970)

Les œufs dur (huile sur toile, 35 X 27 cm, Paris 1970)

Verreries et coquillages (huile sur toile, 65 X 54 cm, Paris 1970)

Léon Gard aimait le jeu de la lumière dans les verreries et il excellait à en rendre les effets. Cette peinture est un tour de force par le peu de tons colorés qu'offrent les objets qui la composent. Seul le verre en cristal irrisé au reflet bleuté et le coquillage orangé qui lui donne la réplique y mettent une animation colorée.

Nature morte à l'ayguiere de cristal, huile sur toile, 65 X 54 cm, Paris 1970)

Nature morte à la carafe de Porto ( huile sur toile, 65 X 54 cm, Paris 1970

Nature morte au Singapour ( huile sur toile, 65 X 50 cm, Paris 1971 )