Portraits

"L’art plastique est une recherche d’harmonie visuelle dont la règle est le culte de la nature" (Léon Gard

Autoportrait au chapeau de feutre (Pastel, 35 X 25 cm, 1916)

Jeune fille au bandeau (huile sur toile, 61 X 47 cm, 1918)

Cette oeuvre de jeunesse montre le talent précoce de son auteur, et , à cette époque, le soucis du détail et l'usage des tons rompus et raffinés plutôt que des tons vifs.

La mere du peintre (huile sur toile, 65 X 54 cm, 1920)

 

 

 

Autre œuvre de jeunesse, de facture très « classique », qui indique une maîtrise rare chez un peintre aussi jeune.

La mere du peintre (pastel, 45 X 30 cm, Paris vers 1920)

 

 

 

 

 

Autoportrait (huile sur toile, 55 X 46 cm, Pontivy, 1927)

Portrait de Régine Poncet (huile sur toile, 73 X 60 cm, 1927)

Jeune femme à la robe noire (huile sur toile, 73 X 60 ? Toulon 1928)

Autoportrait (huile sur toile, 55 X 46 cm, Toulon 1928)

Cet autoportrait marque l'éclosion du rare don de coloriste de l'auteur dans ses recherches sur la représentation de la lumière et de la couleur, notamment dans les parties ombrées de ses toiles.

« Bien peu de peintres savent que le jeu de la lumière et de l’ombre sont des masses de couleurs qui jouent fugacement, et non des tons pâles, soulignés de quelques gris conventionnels, d’insipides marrons, ou de fastidieux bitumes. »

« En peinture, rien n’est plus complexe que le problème de l’ombre. Pour que la partie ombrée ne cause pas la mort d’un tableau, c’est-à-dire en créant une zone inerte, il faut qu’elle soit lumineuse. Une ombre doit donner l’impression qu’elle peut changer de place et non pas ressembler à une tache figée : une ombre doit exprimer autant de vie qu’une lumière. »

Jeune femme au corsage rose (huile sur carton, 35 X 27 cm, Paris 1941)

Léon Gard sait passer d'une technique rude au couteau, avec de vigoureux empâtements, une touche un peu "ivre", des masses de couleurs vibrantes, à une facture d'une grande douceur, où le pinceau se fait léger  pour exprimer les raffinements de tons d'un visage exquis.

 

  La nature offre à la fois toutes les sortes de phénomènes visuels, dit Léon Gard, alors que l’art n’en peut exprimer que d’une sorte dans une même œuvre. Des aspects qui, dans la nature, sont confondus, s’excluent, en effet, dans une œuvre d’art. Par exemple, la pureté de ligne, le « fini » et le « lumineux » se trouvent dans la nature en même temps et l’un dans l’autre : il serait donc exact de peindre « fini » et « lumineux ». Or, dans la peinture, l’expérience prouve qu’on ne peut obtenir à la fois l’un et l’autre, il faut choisir. « La finesse exclut la touche », écrivait Baudelaire. « L’amour de l’air, écrivait-il encore, veut l’usage des lignes noyées et flottantes ». Les phénomènes  lumineux, intenses, le clair-obscur, les vibrations colorées, ne s’expriment que faiblement par la manière très « finie », car ils exigent des effets d’opposition et  d’enveloppement qui, ne produisant leur résultat qu’à une certaine distance, détruisent nécessairement la netteté et le charme du détail. Van Eyck, Boticelli, Cranach, Holbein, peignent très « fini », recherchent une ligne très pure : ils sont peu luministes. Rembrandt, Goya, Turner, les Impressionnistes sont luministes : leur peinture est peu « finie », peu soucieuse de pureté linéaire. Tous, sous des angles différents, sont exacts. Non seulement ils sont exacts, mais c’est parce qu’ils sont exacts, mais c’est parce qu’ils le sont merveilleusement qu’ils ont du génie. Ainsi, sans cesser d’être exact, chaque artiste peut exprimer un aspect des choses qu’aucun artiste n’a exprimé avant lui : « Les auteurs les plus originaux, dit Goethe, ne sont pas ceux qui apportent du nouveau, mais ceux qui savent dire des choses connues comme si elles n’avaient jamais été dites avant eux. »

 

Lucien Daudet, écrivain et peintre, fils cadet d'Alphonse Daudet, ami de Léon Gard (73 X 60 cm ? huile sur toile, Paris, 1941)

Portrait de Mme Le Claire (huile sur toile, 116 X 89cm, Paris 1942)

Portrait de Sacha Guitry (huile sur toile, 92 X 73 cm, Paris 1942)

Ce portrait de Sacha Guitry fut peint dans l'hotel particulier de l'avenue Elisée-Reclus. Sacha Guitry, en veste rouge est assis à son bureau, recouvert d'objets de sa collection, dont le buste de Balzac par Rodin. Ce beau tableau a toujours figuré, avec celui de Lana Marconi en pendant, au-dessus des bibliothèques du cabinet de travail de Guitry, de 1942 à sa mort en 1957. c'est le portrait de lui que Guitry préférait (notamment à celui peint par Van Dongen). Il fut exposé au musée du Luxembourg pour le centenaire de la naissance de Sacha Guitry. Après la dispertion de la collection Guitry par sa veuve, Lana Marconi, ce portrait fut acquis par Jacques Lorcey, puis par André Bernard, deux grands collectionneurs et admirateurs de sacha Guitry.

Portrait de l'actrice Lana Marconi (dernière épouse de Sacha Guitry), huile sur toile, 92 X 73cm, Paris 1945)
Lana Marconi avait la réputation d'avoir de très belles mains. Sacha Guitry en fera faire un moulage. Il dira aussi : "et dire que ce sont ces mains qui fouilleront dans mes tiroirs après ma mort !" Léon Gard a favorisé dans ce portrait, le "geste juste, expressif" de la main, plutôt que le détail anatomique.

La main, un critère de dessin

  On a souvent dit que la façon dont on faisait les mains était, en matière de dessin, une sorte de critérium. Ce moyen de vérification est certes très fondé dans un certain sens, car le bon dessin d’une main demande en effet un très grand talent. Pourtant il offre un inconvénient : celui de prêter à confusion dans la notion de ce qu’on appelle un bon dessin. Les mains ne gardent pas l’immobilité et donnent naissance à des gestes : il arrive donc qu’on oublie le médiocre dessin des traits de la main en faveur d’un geste juste, expressif, et qu’on appelle main bien dessinée, une main qui n’est que le prétexte à un joli geste. Il arrive enfin qu’une main tracée correctement selon l’anatomie passe pour être bien dessinée, ce dont on ne se contenterait pas pour le dessin d’un visage. Bref, le dessin d’une main cesse d’être un critérium valable lorsqu’on cesse d’y voir un portrait pour n’y voir plus que l’indication d’un accessoire utile : toutes les mains de maîtres sont en effet des portraits aussi soignés que les figures. Pourtant, comme beaucoup d’artistes ont pris l’habitude de croire qu’un œil a plus d’importance qu’un doigt, et qu’on peut traiter légèrement celui-ci lorsqu’on s’est suffisamment occupé de celui-là, on ne situe plus très bien le véritable rang  hiérarchique qu’il convient de donner au dessin d’une main, et l’on se contente de trop peu parce qu’on demande trop peu.

Mains par Léon Gard (détail d'un portrait de "femme en noir")

 Si l’on veut vraiment apprendre à reconnaître la qualité d’un dessinateur par les mains qu’il dessine, il faut étudier tous les maîtres en général, et en particulier les adeptes du trait précis, tels que : Van Eyck, Durer, Holbein, Raphael, David, Ingres, Degas, etc. Car les maîtres sont des maîtres notamment parce qu’ils ne sont jamais tombés dans l’aberration de croire que la main, cet instrument magnifique du cerveau, puisse être relégué à un plan subalterne.

L'oreille, un autre critère de dessin.

« Il y a une partie de la figure humaine qui est probablement le critère le plus sûr en matière de dessin : c’est l’oreille. Contrairement à la main et au pied, l’oreille est statique, ne concourt à aucun geste, reste toujours semblable à elle-même. Mal dessinée, elle ne peut être rachetée par la grâce d’un mouvement, n’est pas mobile comme l’œil, ne sourit pas comme la bouche, et cependant, dans son extraordinaire complexité de forme et son dessin implacablement précis et immuable, elle garde une intense expression. Enfin,  la matière cartilagineuse en est très particulière et offre une légère transparence presque insaisissable  par la subtilité des valeurs (et en peinture, des tons) qu’elle prend dans ses modèles compliqués. Se doute-t-on qu’on pourrait classer la qualité des peintres de figures uniquement par leurs oreilles ? »

Une oreille par Léon Gard (détail d'un autoportrait de 1920)

  « Prenons les plus grands noms de l'art selon le verdict de la postérité, et devant lesquels nos plus acharnés prétendus révolutionnaires s'inclinent parce qu'ils n’y a pas moyen de faire autrement : il n’en est aucun qui ait dessiné de mauvaises oreilles. De plus, la réciproque est vraie : il n’est aucun artiste sachant très bien dessiner une oreille qui ne soit pas un maître. Connaît-on une oreille mal dessinée de Van Eyck, d’Holbein, de Titien, de Véronèse, de Raphaël, d’Ingres, de Degas ? Par contre, peut-on citer un mauvais peintre qui dessinait et peignait bien les oreilles ? Connaît-on une oreille bien dessinée de Meissonier, de Gustave Moreau ou de Picasso, pour choisir trois exemples très différents de notoriétés contemporaines ? »

Tête de jeune femme (huile sur toile, 18 X 20 cm, Paris 1947)

Portrait de Jeanne Fusier-Gir (huile sur toile, 65 X 54 cm, Paris vers 1950)

  Ce portrait de l’actrice Jeanne Fusier-Gir, qui fut une des actrices « fétiches » de Sacha Guitry, est le second que Léon Gard fit d’elle. Le premier, exécuté à la manière de Toulouse-Lautrec,  lui avait été commandé spécialement par Sacha Guitry pour sa pièce de théâtre «  N’écoutez pas Mesdames ». Léon Gard céda également ce second portrait à Sacha Guitry, qui le conserva dans sa collection personnelle jusqu’à sa mort.